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samedi 1 octobre 2016

Une histoire de la propreté


De nos jours, se laver quotidiennement est une habitude qui va de soi et l'hygiène de manière générale est un impératif presque obsessionnel dans nos sociétés. Nous savons tous pourtant que cela n'a pas toujours été le cas. Ce que l'on sait moins, c'est que l'histoire de la propreté corporelle est loin d'avoir été une évolution linéaire dirigée vers un constant progrès. Au contraire, c'est une histoire faite d'allers et de retours entre la maniaquerie la plus extrême et la négligence pure et simple, et toutes les attitudes intermédiaires. On sait que les Romains étaient de grands férus des bains publiques, et qu'ils se lavaient plusieurs fois par jour; mais saviez-vous par exemple que les bains publiques étaient aussi très populaires au Moyen-Âge? Ce n'est qu'à la suite de plusieurs épidémies de peste qu'ils ont été abolis, et que l'humanité est entrée dans l'ère la plus sale de l'histoire (on connaît tous la réputation de Louis XIV qui n'aurait pris que deux bains de toute sa vie...). Car durant environ deux siècles (du 16ème au 18ème), l'eau est devenue synonyme de maladie, une substance dangereuse qui débouche les pores de la peau et laisse s'infiltrer les microbes.

Tout cela, je l'ai appris en lisant le livre de Katherine Ashenburg, The Dirt on Clean, qui retrace l'histoire de l'hygiène corporelle depuis le temps des Romains jusqu'à nos jours. Ce fut une lecture aussi instructive qu'étonnante et amusante! Ce que j'en ai tiré va au-delà de l'apprentissage de simples faits: il m'a ouvert les yeux sur la fragilité de ce que l'on considère comme allant de soi. Le concept de propreté est en réalité tout relatif et n'a fait que changer, tandis que les croyances, conceptions et le rapport au corps oscillaient. Ce qu'une période de l'histoire considérait comme propre était entièrement contesté et remplacé par une autre conception à la période suivante. On voit ainsi l'étonnant parcours de l'humanité en matière d'hygiène, on découvre d'où l'on vient, et on remet en question nos propres valeurs en la matière.

Pour un Romain, se laver signifiait transpirer, s'enduire d'huile, se baigner durant plusieurs heures pour ensuite s'ôter sa couche d'huile et de transpiration à l'aide d'un ustensile en métal qui raclait la peau. Pas de savon à l'horizon. A l'inverse, au dix-neuvième siècle par exemple, on ne voyait pas le besoin de se mouiller le corps tout à la fois: un lavement à l'éponge et à la bassine était amplement suffisant (un témoignage raconte l'étonnement d'une dame entrant dans une baignoire pour la première fois de sa vie: elle se serait exclamée n'avoir jamais été mouillée toute entière en une fois!). Tandis que sous l'Ancien Régime, changer régulièrement de chemise de corps était le sommet de la propreté.

A nos yeux, tout cela peut paraître effarant. Se laver sans savon? Ne pas du tout se laver? Vivre dans un monde où personne ne se lave? On en a des frissons et le nez qui se retrousse. Ce que l'on ne peut s'empêcher de penser, c'est que les gens devaient sentir affreusement mauvais. A cela, Katherine Ashenburg a une réponse aussi concise que perspicace: "quand tout le monde sent, personne ne pue". Actuellement, nous trouvons cela intolérable de sentir les odeurs corporelles d'autrui, la raison étant qu'on n'y est pas habitués. Nous vivons dans un monde ultra-hygiénique, nous nous efforçons de masquer la moindre odeur naturelle (à grands renforts de savons, parfums, diffuseurs dans nos maisons, déodorants,...) alors quand une effluve de transpiration perce malgré tout ce barrage olfactif, c'est l'horreur! Notre nez n'y est pas habitué, et notre esprit a été éduqué à trouver cela révoltant. Ce à quoi on est habitué, ce qui est la norme, est accepté sans autre forme de réflexion. A chaque ère, les gens vivaient de la façon qui leur semblait entièrement normale.

Il est tout à fait normal pour nous d'être choqués par le manque de propreté de nos ancêtres. Mais de la même manière, les médecins du dix-septième siècle qui mettaient en garde contre les risques de l'eau sur la santé, étaient horrifiés par les anciennes habitudes des Romains qui se lavaient à tout va. Ce qui cause la surprise, voire l'horreur, quant aux habitudes hygiéniques qui diffèrent des nôtres, c'est que l'on considère notre vision des choses comme la bonne. Nous avons raison, ils ont tord. Or, ce qu'une étude telle que celle présentée dans le livre de Katherine Ashenburg nous apprend, c'est que justement ces croyances sont toutes relatives. Puisqu'elles ne font que changer, sont sujettes à des influences telles que la religion et son directement liées à une conception plus vaste du monde, elles ne sont jamais définitives. Nous pouvons être certains que le point de vue actuellement accepté sur l'hygiène a de grandes chances de changer dans les siècles à venir. Et les hommes du futur regarderont avec dédain et étonnement nos habitudes de propreté.

L'étude de l'histoire ne sert pas uniquement à s'instruire, mais aussi et surtout à éclairer l'ordre établi du présent et à le regarder sous une nouvelle perspective. C'est exactement ce que fait ce livre, richement fourni en anecdotes et basé sur des documents authentiques. Il illumine le passé et apporte une lumière nouvelle sur le présent. On en ferme la dernière page avec cette question troublante: finalement, qu'est-ce que la propreté?

dimanche 24 avril 2016

Comment médiévaliser votre quotidien


Le Moyen Age n'est certes pas la période la plus glamour de l'histoire. Souvent associé à l'obscurantisme et à la violence, il n'a pas tellement la cotte à nos yeux civilisés du vingt-et-unième siècle. Pourtant tout n'est pas à jeter dans cette ère. Si on pioche judicieusement quelques valeurs morales, quelques habitudes de vie, on peut découvrir que les moyenâgeux avaient finalement plus à nous apprendre qu'on ne pourrait le croire. Pour un quotidien plus intense, plus chevaleresque, mais aussi plus magique, je vous invite à suivre ces quelques conseils.

1. Courage et loyauté

Le code d'honneur des chevaliers, mais aussi de la noblesse en général, était stricte et indérogeable. Faillir à ce code, c'était déchoir et perdre son statut. A son cœur, on trouve la loyauté à son roi ou à son seigneur. Cette fidélité s'étendait de la personne du roi à ce qu'il représentait: une nation, des principes, une lignée. A cette époque, la parole d'un homme valait la vie de celui qui la prononçait, autrement dit, une parole d'honneur digne de ce nom. Et on était prêt à mourir pour une cause en laquelle on croyait. En somme, ce sont autant de valeurs dont nous pouvons nous inspirer: fidélité, sincérité, sens de l'honneur, intégrité, courage. Faire preuve de "noblesse" est à la portée de tous.

2. Allez à l'essentiel

Que l'on ait été noble seigneur ou petit paysan, la vie était rude au Moyen Age. Maladies, guerres, brigands,... les risques pesaient au jour le jour sur les têtes. Une vie, qui était quotidiennement menacée par d'innombrables dangers, se menait sans perdre de temps. Chaque jour pouvait potentiellement être le dernier, une imminence qui ne faisait qu'en rehausser la valeur. On n'y allait pas par quatre chemins, on allait droit au but et sans détours. Apprendre à redonner de l'intensité à chaque instant permet de retrouver la juste valeur du miracle d'être vivant et de ne plus perdre de temps avec ce qui ne compte pas vraiment.

3. Cultivez votre spiritualité

Une des caractéristiques majeures du Moyen Age, c'est sa profonde religiosité. Tout le monde était croyant et le respect des rites catholiques faisait partie intégrante de la vie quotidienne. Si aujourd'hui la foi est devenue une affaire personnelle, on peut tout de même tirer un exemple de ces habitudes ancestrales. La spiritualité donne un sens et une direction à sa vie, qu'elle soit de nature religieuse ou non. Consacrer quelques moments chaque jour à la contemplation ou à une forme de méditation qui correspond à nos croyances personnelles, a été prouvé pour améliorer le bien-être au quotidien. Le plus important étant de trouver la spiritualité qui vous correspond et de la pratiquer selon vos propres principes.

4. Accordez-vous à la nature

La vie se déroulait autrefois en plus grande symbiose avec la nature. Le rythme des saisons décidait de ce que l'on avait dans son assiette, les intempéries nous touchaient directement et le rapport aux animaux était essentiel à la survie (pour les manger comme pour s'en protéger). On était directement lié à son environnement, alors que de nos jours nous avons tendance à nous scinder de la nature qui nous entoure. Pour retrouver ce lien et le bien-être primal qu'il génère, quelques habitudes simples peuvent être mises en place: manger des fruits et légumes de saison, préférer la marche aux transports motorisés, passer plus de temps dehors, pratiquer des activités liées aux saisons (luge en hiver, golf en été, par exemple)...

5. Retrouvez le plaisir de la table

Au temps des chevaliers et des nobles dames, les loisirs étaient peut-être limités, mais on n'en tirait pas moins une grande satisfaction. Une des meilleures manières de passer un bon moment en bonne compagnie, c'était autour d'une table: les grands banquets où la nourriture abondait, où le vin coulait généreusement, les conversations allaient bon train et les chants et spectacles rythmaient l'ambiance. Le très simple plaisir de se remplir l'estomac tout en se divertissant est si universel qu'il ne passera jamais de mode. Nul besoin de grands moyens ou de dépenses folles, pour revenir à l'essentiel, rassemblez-vous en famille ou entre amis autour d'une table, échangez nourriture et bonnes paroles, et savourer le bonheur d'être ensemble.

6. Laissez les histoires vous transporter

Pour passer les longues heures entre le lever et le coucher du soleil, quand les divertissements se limitaient à ce que l'on pouvait faire de ses deux mains, avec un instrument ou avec sa bouche, raconter des histoires était pour les moyenâgeux ce que télévision, livres et cinéma sont pour nous aujourd'hui. La différence était dans la réception de ces histoires: on y croyait avec ferveur et on s'y accrochait comme à des modèles. Les récits héroïques (souvent chantés en vers), les aventures parfois magiques et toujours exemplaires, étaient non seulement distrayants, mais aussi admirables et inspirants. Actuellement, nous passons vite d'une histoire à une autre, sans nous y investir aussi sérieusement. Et pourtant, quelle richesse, quand on se laisse transporter corps et âme dans une fiction, qu'on s'y implique entièrement et qu'on en tire tous les enseignements qu'on peut y trouver.

lundi 7 mars 2016

Comment Victorianiser votre quotidien


Dans le même style qu"un billet précédent, dans lequel il était suggéré comment intégrer un peu de l'esprit de la Renaissance dans votre vie, je vous propose aujourd'hui quelques conseils pour vous inspirer de l'époque Victorienne au jour le jour. Au programme, raffinement, élégance et sophistication!

Dans tous les domaines, faites preuve de goût

Avoir du goût était un réel savoir-faire qui était pris très au sérieux. Au-delà des tenues vestimentaires ou de la décoration de son intérieur, faire preuve de bon goût se répandait dans tous les aspects de la vie: dans son talent pour la conversation, son attitude, ses lectures, l'étuis à cigarettes, le style de son poudrier... rien n'était négligé. Apprendre à mettre du goût dans chaque détail c'est sublimer son quotidien d'une touche de raffinement qui fait une grande différence!

Ne méprisez pas l'importance d'une tasse de thé

Véritable moment clé de la journée, l'heure du thé était un moment chargé d'implications sociales, mêlant plaisir et respect des traditions. Le thé c'est avant tout la boisson du partage: quand on le prend ensemble, il rapproche, il invite aux confidences, il enveloppe d'un halo chaleureux et rassurant qui unit les gens entre eux. Pris seul, c'est une invitation à la réflexion et à la détente. Perpétuer cette tradition, c'est faire honneur à l'étiquette mais aussi se chouchouter soi-même!

Entretenez votre culture générale

Le plus grand drame pour un victorien aurait été de manquer de conversation, ou briller par son ignorance. Le cauchemar ultime était d'être la risée du beau monde. Chacun prenait comme un devoir le soin de soigner ses connaissances et d'entretenir son esprit. Pour rester au top et ne jamais flétrir: lisez abondamment, visitez des musées et expos, restez curieux de tout, apprenez à développer votre opinion (solide et bien ficelée de préférence) sur les événements d'actualité, et surtout soyez à l'écoute des autres (c'est la meilleure source d'idées!).

Allez au théâtre

Divertissement numéro un de l'époque Victorienne, le théâtre avait bien plus qu'une fonction: loisir divertissant, valeur éducative, rôle édifiant, mais aussi social et moral. Les apports du théâtre étaient multiples, et sans doute que l'abondance d'alternatives dont nous jouissons aujourd'hui nous a fait oublier la grandeur de cet art immédiat, direct. La puissance d'une pièce qui se joue juste sous nos yeux, et son impact émotionnel, n'ont pas encore trouvé leur pareille au cinéma. Revenons aux sources et vibrons sous l'effet du "live".

Prenez la plume

Que ce soit pour échanger des lettres ou tenir un journal intime, le victorien écrivait beaucoup plus que nous le faisons aujourd'hui. Et cela pour notre plus grand bonheur: pensez à l'héritage aussi complet que détaillé que les victoriens nous ont laissé. Ce qui est écrit reste et demeure pour la postérité. C'est quelque chose d'éternel dans un monde gouverné par l'éphémère. D'autant plus actuellement, quand le virtuel a tellement pris le dessus, il est bon de retourner aux bons vieux stylo et papier, rassurants dans leur matérialité.

Respectez vos valeurs morales

Bien entendu, qui dit Victorien, dit principes moraux strictes et rigides. Loin de les imiter en se contraignant dans un régime moral et comportemental sévère et inflexible, il y a de quoi s'inspirer dans leurs codes. Le souci de la bienséance, de la vertu et de l'honnêteté sont autant de lignes de conduites qui poussent tout un chacun à s'améliorer. Si le fait d'être prude ne semble plus avoir sa place dans notre monde, un peu de retenue et de dignité est exactement ce dont nous avons besoin. Définissez vous-même vos principes, placez les limites où vous jugez juste, et tâchez de rester fidèle à vos propres principes.

Voilà comment prendre ce qu'il y avait de meilleur dans l'époque Victorienne et l'appliquer et l'adapter à nos vies actuelles. N'oubliez pas non plus de lire (ou relire) les grands chef-d’œuvres de l'époque, qui sont pleins d'enseignements et résument si bien à eux seuls l'âme même de cette ère de l'histoire.

dimanche 10 janvier 2016

"Reines de cœur": les femmes de la monarchie des Tudor

Reines de cœur est le deuxième opus de la série Le Crépuscule des rois de Catherine Hermary-Vieille. Il se concentre sur les destins des femmes qui ont entouré Henry VIII durant la première moitié de sa vie. Des destins grandioses, parfois tragiques, pour des femmes amenées à devenir des reines. Grâce à la délicatesse de sa plume et à la finesse de ses analyses psychologiques, Catherine Hermary-Vieille redonne vie à ces reines du passé.

Le roman commence bien avant la naissance d'Henry VIII, quand ses parents se marient et débutent ensemble la dynastie des Tudor. Henry VII et Elizabeth d'York s'unissent pour mettre un terme à des années de guerre civile en Angleterre. Mais plus qu'un mariage d'intérêt, leur union est forte de réels liens d'amitié et d'un attachement inébranlable. Ensemble, ils parviennent à maintenir la paix, à rééquilibrer l'économie du pays, à instaurer un pouvoir stable, et espèrent ainsi léguer un trône sûr à leur fils aîné Arthur. Mais celui-ci meurt à peine quelques mois après son mariage à Catherine d'Aragon, l'infante d'Espagne. C'est donc son jeune frère, Henry, qui deviendra roi à sa majorité. Aussitôt sur le trône, il épouse Catherine, la veuve de son frère, et entame les manœuvres stratégiques commencées par son père. Sa sœur Margaret a déjà été envoyée épouser le roi d'Ecosse, tandis que la plus jeune, Mary, part bientôt devenir reine de France.

Ces femmes, considérées la plupart du temps comme des pions sur un échiquier politique, doivent se plier au destin qu'on leur impose. En tant que princesses, puis reines, leur rôle n'est pourtant pas si anodin: ambassadrices de leur pays, fines stratèges, œuvrantes pour la paix. Si l'univers patriarcal dans lequel elles vivent étouffe leur voix et voudrait réduire leur importance, elles n'en ont pas moins fait l'histoire que leur homologues masculins.

Catherine Hermary-Vieille dépeint des portraits aussi touchants que réalistes. Dans un contexte où elles doivent tout supporter, rester impassibles en toutes circonstances, les héroïnes de ce livre doivent toujours cacher leur états d'âme et leurs émois. Et pourtant leurs vies sont chargées en épreuves et en défis. Hermary-Vieille touche toujours juste quand elle révèle au lecteur cette vie intérieure dissimulée. Quand leurs vies leur sont volées, quand on a choisi leurs destins pour elles, tout ce qui leur reste comme liberté sont leurs pensées, leurs ressentis. C'est au fond de leurs âmes qu'elles trouvent du réconfort: dans leurs espoirs, les vestiges de leurs rêves brisés, l'amour qu'elle peuvent donner.

Je connaissais déjà le talent de Catherine Hermary-Vieille pour redonner vie au passé et recréer une époque et des lieux avec vivacité. Mais ce deuxième tome m'a stupéfiée par son exploration psychologique des personnages, en particulier des femmes, à qui était souvent imposé le silence à l'époque. Hermary-Vieille parvient à leur donner une voix tout en justesse et sans sombrer dans le pathos. Elle dévoile tout aussi bien leurs forces que leurs faiblesses. Leur courage et leur naïveté, leur intelligence et leur étourderie, leurs victoires et leurs erreurs. Celles qui restent dans l'histoire comme des figures muettes et mystérieuses sont ici rendues simplement humaines.

Lire ce roman (tout comme les autres titres de la trilogie Le Crépuscule des rois), c'est plonger dans l'histoire, s'immerger dans le passé. C'est rencontrer des personnages aussi vrais que nature et réaliser qu'ils ne sont pas si éloignés de nous. Catherine Hermary-Vieille remet de l'humanité dans l'histoire et nous raconte un récit aussi passionnant qu'émouvant.

vendredi 1 janvier 2016

Comment mettre un peu de Renaissance dans votre quotidien


Mes lectures récentes m'ont amenée à me plonger dans la Renaissance anglaise, une époque que j'ai fort à cœur. En m'interrogeant sur les raisons qui me font apprécier cette ère de l'histoire, je suis arrivée à une liste d'éléments qui me plaisent tout particulièrement, et que je pense qu'il est possible d'intégrer à nos vies modernes pour un petit goût de Renaissance dans notre quotidien.

Voici ma liste:

1. Soyez curieux

Ce qui caractérise la Renaissance avant tout, ce sont les découvertes. Avec l'émergence de l'humanisme, chacun était amené à se poser des questions sur le monde qui l'entourait et sur son existence. On remettait en questions les grands principes ancrés dans nos sociétés depuis des siècles, on poussait la réflexion toujours plus loin et on en apprenait tous les jours dans les domaines des sciences, de la philosophie, des arts, de l'astronomie,... Cette soif de connaissances n'a pas de limites, et on peut encore l'appliquer aujourd'hui. N'arrêtez jamais de vous poser des questions, ne prenez rien pour acquis et soyez en constante recherche de nouvelles réponses.

2. Faites quelque chose de vos mains

Ceci valait tout autant pour les classes travailleuses que pour l'aristocratie. Etre actif de ses deux mains était un style de vie. Les plus pauvres confectionnaient la plupart de ce qui leur était nécessaire: outils, vêtements, objets du quotidien. Chez les gens plus aisés, cette activité avait des allures de loisir plus qu'autre chose: couture, broderie ou tissage pour les femmes, peinture ou écriture pour les hommes. Sans compter que toute bonne éducation de l'époque impliquait l'apprentissage d'un instrument de musique. Alors utilisez vos mains pour vous mettre à l'oeuvre, même si c'est pour faire quelque chose à l'utilité limitée.

3. Mangez moins de sucre

Denrée de luxe et extrêmement coûteuse, le sucre était loin d'être aussi répandu qu'aujourd'hui. En conséquence, il y avait beaucoup moins de problèmes d'obésité, de diabète et même de caries dentaires à l'époque. Une alimentation "à la Renaissance" limitera donc les sucres et se composera d'un maximum de produits naturels. Préférez plutôt le miel comme substitut dans vos préparation, et manger des fruits en guise de "gourmandises".

4. Osez la poésie

A l'époque, la poésie était la forme littéraire populaire. Faciles à mémoriser, agréables à l'oreille, aisément mis en chanson, les poèmes séduisaient toutes les couches de la population, des plus aisés aux plus démunis. Qu'on les lise, les récite, les partage ou même les écrive, l'appréciation des poèmes est une tendance très Renaissance. Bien que tombée un peu en désuétude de nos jours, on peut facilement faire revenir la poésie dans notre quotidien. Alors ne vous laissez pas intimider et lisez, mémoriser ou écrivez des poèmes avec passion.

5. Laissez votre imagination vagabonder

Au sortir du Moyen-Age et à un temps pas si éloigné des nombreuses légendes dont les gens raffolaient, les hommes et femmes de la Renaissance étaient capables d'étendre leur crédulité jusqu'à des limites extrêmes. Les histoires que l'on partageait, les augures et les signes que l'on voyait un peu partout... peu de choses semblaient impossibles à nos ancêtres. Essayons de retrouver notre sens du merveilleux, de l'inexplicable, et n'ayons pas peur de laisser notre imagination nous entraîner là où nous n'oserions pas aller.

6. Lisez pour vous instruire

A cette époque, les livres était un des seuls véhicules de transmission de l'information. Pour être cultivé et avoir de la conversation, il était indispensable de passer par quelques séances de lecture. Les livres étaient aussi des objets coûteux, qui étaient soignés et chéris par leurs propriétaires. Ce caractère précieux des livres (tant par leur aspect matériel que par leur contenu) n'est plus tellement au goût du jour. Prenons la peine de temps en temps de considérer la valeur des livres, et surtout ne nous arrêtons jamais de les lire.

En suivant ces quelques conseils, votre mode de vie aura une subtile saveur de la Renaissance, comme une délicate épice qui se remarque à peine mais apporte une touche délectable à un plat.

Les Lionnes d'Angleterre: une immersion dans l'histoire

"Les grappes de roses grimpantes [...] fleurissaient en rose, jaune et blanc, certaines épanouies, déjà lourdes, d'autres encore en boutons, serrées dans le corset vert du calice."
Troisième tome de la série Le Crépuscule des rois par Catherine Hermary-Vieille, Les Lionnes d'Angleterre raconte l'histoire du règne d'Henry VIII (1491-1547) à travers ses six épouses consécutives. Cette période de l'histoire me fascine depuis plusieurs années, et des lectures que j'ai faites sur le sujet, celui-ci est un des meilleurs à mes yeux.

Il n'est pas nécessaire de lire cette trilogie dans l'ordre chronologique, et chacun peut être lu indépendamment des autres (j'ai moi-même commencé par celui-ci). Dans ce troisième opus, on est transporté à la cour d'Henry VIII, environ une vingtaine d'années après le début de son règne. Marié à Catherine d'Aragon, avec qui il n'a eu qu'une seule fille, le roi désespère d'avoir un fils pour lui succéder. Ensorcelé par la mystérieuse et intelligente Anne Boleyn, il envisage de répudier sa première épouse. Stratagèmes, complots, manœuvres politiques et débats religieux seront les conséquences de cette situation, qui mettra des années à se résoudre. Ne pouvant recevoir du Pape l'approbation de l'invalidité de son mariage à Catherine d'Aragon, et aidé par un entourage aux idées réformatrices (tels que Cranmer ou Cromwell), Henry se proclame chef de l'Eglise d'Angleterre et rejette l'autorité du Pape. C'est le grand schisme qui donnera (plus tard) naissance à ce que l'on appellera l'Anglicanisme. Mais pour le moment, Henry peut enfin épouser sa chère Anne. Elle sera sa reine durant trois ans. Aussi longue et ardue que fut sa montée, sa descente fut fulgurante et cruelle. Vont lui succéder quatre autres épouses, Jane Seymour, Anne de Clèves, Katherine Howard et Catherine Parr.

Ce roman très accessible nous fait entrer dans les coulisses de la grande histoire, celle que tout le monde connaît, mais dont les détails resteront à jamais obscurs. En employant une narration aux multiples points de vues, Catherine Hermary-Vieille parvient à éviter une vision trop simpliste et uniforme des événements. Les personnages se déploient ainsi dans toute leur complexité et révèlent leurs différentes facettes. Anne Boleyn, par exemple, admirée par les uns, méprisée par les autres, ne souffre pas de l'horripilant réductionnisme auquel la fiction l'a trop souvent contrainte, voulant la ranger dans une catégorie comme la louve impitoyable et calculatrice d'un côté, ou bien l'innocente biche tombée entre les griffes d'un monstrueux prédateur de l'autre. Par la délicatesse de ses analyses, et par les changements de focalisation, les descriptions d'Hermary-Vieille rendent justice à ses personnages qui apparaissent différemment selon l'observateur, et laissent au lecteur la liberté de former sa propre opinion.

Anne Boleyn et ses dames de compagnie dans la série anglaise Wolf Hall

Ce livre-kaléidoscope réussit aussi très bien dans son évocation d'un monde disparu. L'Angleterre du seizième siècle est ici ramenée à la vie d'une manière quasi sensorielle. Les lieux, les vêtements, les sons et les odeurs sont dépeints de façon très riche par Hermary-Vieille. Son très grand point fort est sa capacité à transporter le lecteur dans une autre époque sans tomber dans l'hyper-explicitation, qui est souvent le défaut des romans historiques. La prose coule de manière naturelle, a un puissant pouvoir d'évocation et entraîne le lecteur dans ses profondeurs avec une désarmante simplicité. Il y a quelque chose à la Dumas dans la vivacité de l'écriture qui est la fois très simple et très visuelle, tout en surprenant régulièrement par une belle phrase qui frappe par sa justesse et son élégance, voire sa poésie.

Et c'est une époque fascinante que celle des Tudor. Une époque où les grandes idées circulaient mieux que jamais avant dans l'histoire, et commençaient à changer le monde. Une époque où les arts occupaient une place importante dans le quotidien. C'était aussi une époque dangereuse, où une maladie pouvait emporter quelqu'un à une vitesse foudroyante, où l'on pouvait mourir pour ses idées si elles n'étaient pas assez conformes. Un temps où être femme était synonyme de soumission et d'infériorité aux hommes, et où celles qui voulaient prendre leurs propres décisions devaient mener un combat acharné et risqué.
Henry VIII dans le documentaire de la BBC,
Henry VIII and His Six Wives

Si dans le livre les mentalités sont parfois adaptées pour mieux correspondre aux sensibilités modernes, c'est sans doute là un penchant inévitable quand on écrit sur le passé. Cela dit, peu de moments m'ont frappés comme étant anachroniques de façon flagrante. Les mœurs de la Renaissance, à la sortie du Moyen-Age, sont parfois tellement éloignées de ce que l'on juge acceptable de nos jours qu'un certain degré d'adaptation est inévitable. Mais là où d'autres romans m'ont déçue par leur sensiblerie exagérée ou par un avant-gardisme qui dépasse les limites de l'anachronisme, Les Lionnes d'Angleterre ne succombe jamais à une trop grande envie de plaire à la sensibilité du lecteur actuel. Bien sûr il est choquant de voir des maris tromper leurs femmes sans que qui que ce soit ne relève un sourcil, mais c'était une réalité de l'époque. L'amour lui-même était un tout autre concept que l'idée que l'on s'en fait aujourd'hui. Juger des personnages historiques sur base de notre morale moderne est une erreur qui ne leur rend pas justice. Hermary-Vieille prend cela en compte tout en ne négligeant pas son lecteur et en soignant les pensées et comportements de ses personnages pour que le lecteur puisse s'identifier à eux et sympathiser avec leurs motivations.

C'est un véritable petit bijou qu'à écrit Catherine Hermary-Vieille. Elle recrée un univers dans toute sa vivacité, sa splendeur, mais aussi sa cruauté, et emmène son lecteur au cœur des engrenages de l'histoire qui, après tout, est faite par des individus qui se croisent et se décroisent, chacun avec leurs désirs, leurs objectifs et leurs motivations.