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vendredi 29 avril 2016

Le bonheur est dans l'attente


Savoir prendre le temps et ne pas précipiter les choses est une des plus importantes leçons que nous enseigne le passé. Cela s'applique dans bien des domaines, entre autres dans celui du plaisir. La recherche de la satisfaction est une tendance naturelle qui guide la plupart de nos actions. Mais que gagnons-nous (ou perdons-nous) à satisfaire toutes nos envies instantanément? Je vous propose une petite réflexion sur les avantages à tirer en prenant plus notre temps lorsqu'il s'agit de se faire plaisir.

Avec à notre disposition des outils comme internet, nous avons au bout de nos doigts le pouvoir de combler presque toutes nos envies. Un film peut être vu directement, un achat se fait en un clic et nous est livré en quelques jours à peine, une information est trouvée en deux temps trois mouvements. En moins de temps qu'il ne faut pour y songer, on obtient satisfaction. Et il y a un effet d'accoutumance à cette immédiateté, on s'y habitue.

Devoir attendre entre le moment où une envie nous vient et le moment de la satisfaire nous arrive de moins en moins souvent, si bien que l'on supporte assez mal d'être obligé d'attendre. En marquant un long moment de répit entre une envie et son actualisation, l'instant de satisfaction en est plus réjouissant, il est comme décuplé. C'est ce que j'appellerais "l'effet de l'attente". Un contre-temps que l'on a de moins en moins l'habitude de subir.

C'est pourtant bien dans l'attente que se construit l'ampleur du plaisir qu'on tirera plus tard. Je dirais que le délais d'attente est à la mesure de la satisfaction future. Plus on attend, plus on sera content au final. L'aboutissement devient une sorte de récompense, il y a une qualité de mérite qui vient s'ajouter à sa valeur. Et puis il y a la magie de l'anticipation qui opère: on projette, on espère, et à notre insu, on est déjà entrain de former le bonheur qu'on éprouvera.

Il a déjà été prouvé que nous tirons une partie de notre satisfaction dans l'anticipation d'un moment agréable. Quand on réserve des vacances, par exemple, l'idée seulement de partir et la réjouissance à l'avance, font déjà partie du bonheur qu'on en tirera. Il se passent donc en réalité beaucoup de choses rien que dans l'attente. C'est tout un chemin qui mène à un aboutissement, et toute une part de plaisir que l'on perd en zappant cette étape.

Si autrefois l'attente était subie et que bien souvent, on ne pouvait pas faire autrement, aujourd'hui nous avons beaucoup à gagner en nous y forçant de temps à autre. Rappelons-nous du temps où il fallait attendre l'été pour avoir des fraises, où il fallait attendre qu'un cinéma programme un film pour pouvoir le voir, où il fallait attendre plusieurs jours pour qu'une lettre arrive à destination. L'instantané a pris le contrôle sur nos vies, et il s'agit d'un réel acte de résistance que de s'y opposer volontairement. Réapprendre à attendre, c'est redonner du goût au bonheur, et ne pas le prendre pour acquis.

Quelques pistes pour réapprendre à attendre et en tirer le meilleur:

  • Programmez les choses longtemps à l'avance: une sortie entre amis, une séance cinéma, ou même des petites choses comme le repas du soir ou un moment pour se livrer à son passe-temps favori, c'est en les prévoyant avec une longueur d'avance qu'on les savoure le mieux.
  • Faites des listes: un livre vous fait envie? Un ami vous recommande un film? Vous tombez par hasard sur une recette alléchante? Prenez-en note sous forme de listes que vous consulterez plus tard. 
  • Cherchez d'autres points d'accès qu'internet: plutôt que de commander en ligne le vêtement dont vous rêvez, déplacez-vous en personne dans le magasin. Laissez de temps en temps tomber la facilité d'internet pour vous donnez la peine de faire l'effort et de passer le temps nécessaire avant de vous faire plaisir.
  • Faites-vous des promesses à vous-même: au lieu de directement aboutir à une envie, promettez-vous d'y accéder dans un certain délais. Par exemple: "ce weekend, je regarderai ce film", ou bien "la semaine prochaine, je commanderai un plat chez mon traiteur préféré".
  • Ne fuyez pas les situations où vous n'avez pas le contrôle: un petit cinéma de quartier où il n'y a qu'un film par jour, une piscine dont les horaires sont un peu contraignants... il est parfois bon de ne pas avoir le choix, de devoir se plier à des contraintes extérieures et de ne pas avoir ce qu'on a envie, quand on en a envie.
  • Forcez-vous tout simplement à attendre: même si vous avez la possibilité de tout de suite vous faire plaisir, reportez volontairement. Si vous avez le DVD d'une série, par exemple, obligez-vous à n'en regarder qu'un épisode à la fois. Cela requiert d'une bonne maîtrise de soi, mais débouche sur une plus grande satisfaction au bout du compte.
Je suis convaincue des bénéfices de l'attente, et je suis adepte à m'y forcer parfois quand les circonstances ne m'y obligent pas. La trop grande facilité actuelle à arriver rapidement à nos fins a endommagé le plaisir qu'on en tire. Je pense qu'il n'y a pas de plaisir là où il n'y a pas eu de frustration. En suivant ces quelques pistes et en réfléchissant vous-même à la place que prend l'attente dans votre expérience du bonheur, j'espère que vous arriverez à mieux profiter de chacune de vos envies.

mercredi 30 mars 2016

Ode à l'activité unique, ou l'art de ne faire qu'une chose (et une seule) à la fois



Il y a de plus en plus de situations durant lesquelles on a du mal à ne faire qu'une seule chose à la fois. En particulier quand on est seul, on a souvent cette tendance à combiner les activités pour les faire en même temps: on mange en regardant la télévision, on travaille en écoutant de la musique, on cuisine en lisant les dernières nouvelles sur son portable... Pourquoi cette dispersion? J'ai moi-même constaté que l'investissement dans une activité unique procure de meilleurs résultats, et surtout un plus grand plaisir.

Quand on fait deux choses en même temps, notre attention est divisée dans des directions différentes. Du coup, on se livre moins à chaque activité. Dès lors, ou bien l'une des activités nous accapare plus au détriment de l'autre, ou bien on bâcle les deux. Si on mange devant un film, par exemple, c'est souvent l'écran qui captive le plus notre attention, et on ne pense plus au fait qu'on mange (on va trop vite, on ne goûte pas vraiment, on mange trop, etc.).

Je pense que ce qui motive à agir ainsi, c'est principalement le gain de temps. "Si je lis mes emails pendant mon petit-déjeuner, c'est du temps que je ne perdrai pas ensuite". C'est un bon argument, et je réalise qu'il n'est pas toujours possible de scinder ses activités pour les accomplir les unes après les autres. Le problème, c'est qu'à force de se mettre en mode multitâche, ça en devient une habitude, et au final, ne faire qu'une seule chose peut sembler vide, ennuyeux. On n'arrive plus à canaliser notre attention et on a toujours besoin de stimulations.

Pratiquer une activité unique permet de revenir à un rapport aux choses plus essentiel. C'est un retour à la source. Pourquoi écoutons-nous de la musique? Pour le plaisir des oreilles, pour la beauté des mélodies et les émotions qui y sont attachées. Et non pas pour combler le silence ou pour avoir une bande-son à son travail. Juste de temps en temps, si on s'efforce de ne faire qu'une seule chose et à la faire pleinement avec toute sa conscience, je suis certaine que c'est un exercice dont on peut tous bénéficier.

Quand avez-vous bu pour la dernière fois votre thé ou café, en pleine solitude et sans rien faire d'autre? C'est une expérience qui paraît anodine, et peut-être ridicule pour certains, et pourtant je vous invite à la tenter. Juste déguster la boisson, en savourer la chaleur et le goût, et y concentrer toute son attention. Ou bien encore s'asseoir pour écouter de la musique, pas en bruit de fond d'une autre activité, mais uniquement pour l'écouter.

Quand on marche, essayer de ne pas s'encombrer en planifiant, en préparant ce qui doit venir, mais juste de marcher, sans écouteurs ni portable. Quand on voyage en train, se contenter d'être présent et de contempler le paysage qui passe par la fenêtre. Quand on mange, ne pas sortir de journal, d'appareils connectés, ni de livre, mais seulement manger. Chaque activité est digne en soi et mérite qu'on lui octroie un moment exclusif.

C'est en prenant le temps de cette manière que les petits plaisirs de la vie révèlent tout leur potentiel. On en perçoit mieux les saveurs, chaque détail nous apparaît, et la joie que ces moments simples peuvent donner est exacerbée. Les émotions que la musique suscite en nous, par exemple, ne sont plus étouffées par une autre occupation. On est comme "ouvert", accessible et attentif. On est tout entier disponible, et pas juste à moitié.

En se livrant de temps à autre à l'activité unique, on éprouve non seulement la satisfaction d'être entièrement présent et de bien faire les choses, mais on en ressent aussi un sentiment de liberté insoupçonné. On devient maître de son temps, et non sa victime. Parce qu'on a fait consciemment le choix de ne s'atteler qu'à une seule tâche, au lieu de se soumettre à la pression de rentabiliser chaque minute, on se sent plus libre et allégé.

lundi 28 mars 2016

Une œuvre, un moment: La Lecture de Berthe Morisot

La Lecture ou L'Ombrelle Verte, 1873 (Bethe Morisot)
The Cleveland Museum of Art

Dans ce charmant tableau, empreint de toute la délicatesse dont Berthe Morisot est capable, l'artiste fait preuve de la grande maîtrise et de la technique qui l'élèvent au rang des plus grands peintres de la tradition impressionniste: luminosité, vivacité d'exécution, rendu fracturé. Mais au-delà de l'aspect purement formel de l'œuvre, à travers elle Berthe Morisot nous entraîne dans son univers, tout paisible et féminin, un monde bien à elle qui se visite au cours de ses toiles.

Etant une des seules femmes impressionnistes (et sans doute peintres tout court) de son époque, Berthe Morisot s'est vue obligée de faire ses marques dans un monde exclusivement masculin. Si sa famille et quelques amis peintres (parmi lesquels Manet) la soutenaient dans son projet artistique, à la fin du XIXème siècle, une femme était difficilement prise au sérieux dans une profession d'homme. Mais Berthe est parvenue à séduire le public, et à convaincre les critiques de son véritable talent. Elle s'est fait un nom qui trône au milieu de ceux de Monet, Degas, Sisley ou Renoir.

Le parcours de cette femme hors pair, toute dévouée à son art et dévorée de passion, est fascinant en soi. On peut lire de rigoureuses biographies sur sa vie (je conseille Berthe Morisot, Le secret de la femme en noir de Dominique Bona), mais comme tout artiste, le plus important est dans son œuvre. C'est dans ses tableaux qu'elle a capturé l'essence de ses aspirations, et qu'elle a traduit en couleurs, sous son habile pinceau, la splendeur de sa vision et de ses rêves. Voyons comment elle y parvient avec un de ses tableaux, La Lecture ou L'Ombrelle Verte.

La Lecture ressemble à première vue à un portrait: une jeune femme est assise sur une couverture dans l'herbe, plongée dans un livre, une ombrelle abandonnée encore ouverte à son côté. Un grande place est laissée à la nature environnante. Le vert domine, les collines à l'arrière-plan occupent presque tout l'espace du tableau, laissant à peine un petit coin de ciel visible. Avec ses tonalités douces et harmonieuses, il s'en dégage une plénitude contagieuse.

Plus on le contemple, plus on se sent pénétrer dans ce tableau, comme s'il invitait le spectateur à y entrer avec un magnétisme presque irrésistible. L'aura paisible qui entoure cette jeune femme devient hypnotique. Soudain, ce n'est plus un simple portrait qui est représenté là, mais bien un instant chargé de sensations. On ne voit plus une femme lisant, mais le moment de lecture lui-même. La femme est distante, elle est ailleurs, transportée là où l'entraîne son livre. Il ne reste d'elle que le ressenti qu'elle évoque.

On remarque par ailleurs que le tableau baigne dans une sorte de flou, comme si on y avait passé un filtre atténuant les contours et les contrastes. Le visage de la jeune femme n'est pas très net, aucun détail n'est rendu avec précision. Ce sont là les caractéristiques typiques de l'impressionnisme, qui ont pour résultat que le sujet du tableau devient secondaire. Ce qui domine, c'est l'effet produit par les couleurs, l'atmosphère générale, cette impression d'être face à un moment piqué sur le vif. C'est grâce à ce manque de netteté que Berthe Morisot atteint le spectateur au plus profond, parce qu'elle touche à ce qui est essentiel et le rend vivant: ses sensations et ses émotions.

Dans La Lecture, Berthe Morisot a reproduit et communiqué l'atmosphère paisible d'une après-midi d'été, le contentement de savourer un moment de calme dans la nature, la sensation de liberté quand on échappe à la réalité en se plongeant dans un livre. Et mieux que de rendre tout cela avec son pinceau, elle immerge le spectateur dans cet univers qui est le sien, elle lui fait partager cette expérience. Au-delà du plaisir à la contemplation du beau, c'est le pouvoir du visuel à faire écho aux émois intérieurs du spectateur qui est mis en œuvre.

L'objectif des impressionnistes, qui est de capturer un instant fugace, une impression faite de lumière et de mouvements, est ici remporté brillamment. Ce n'est ni une scène, ni un portrait figé, mais bien une impression qui est immortalisée sur la toile. On respire l'air frai, on baigne dans la clarté, pour un peu on verrait presque les brins d'herbe se balancer au gré du vent. Mais plus que tout, on est imbibé du calme, de la douceur, et du sentiment d'évasion qui émanent du tableau.

mardi 9 février 2016

Moins d'écrans pour plus de bien-être


Au cours de ces derniers mois, j'ai drastiquement diminué le temps que je passe en face d'un écran (télévision et internet). Ce n'était pas une volonté de ma part, mais plutôt un concourt de circonstances qui m'a fait découvrir malgré moi les bénéfices d'un quotidien avec moins d'écrans.

Tout d'abord, des travaux dans le salon (qui ont duré près d'un mois) ont rendu l'usage de notre télévision impossible. Si cette situation était plutôt frustrante au début, j'ai été surprise de voir à quelle vitesse je m'y suis habituée. Le réflexe d'allumer la télévision aussitôt posée dans le fauteuil m'a vite abandonnée, et après une semaine ou deux ça ne me manquait plus. Je me suis aperçue alors du temps que je passais à regarder des programmes qui parfois ne me plaisaient même pas vraiment, et ce temps me semble à présent être perdu inutilement.

Pour ce qui concerne internet, je suis moins certaine de ce qui a fait diminuer mon utilisation. Un bon nombre de lectures absorbantes, un désintérêt progressif pour les applications sur lesquelles je pouvais passer des heures (je pense aux réseaux sociaux, notamment, ou les sites tels que Buzzfeed, le Huffpost et autres). Sans doute aussi que l'absence de télévision y est pour quelque chose: d'abord parce que la plupart du temps que je passais sur lesdites applications, je le passais devant la tv, ensuite parce que la réalisation que je perdais mon temps à la regarder m'a fait ouvrir les yeux sur le temps que je perdais aussi sur internet.

Le résultat de ce sevrage involontaire est surprenant. Je continue de maintenir ma consommation d'écrans à un faible niveau, sans pour autant m'en passer complètement, et sans devoir faire d'efforts considérables. Et je me sens de manière générale, bien mieux. En résumé, voici en quelques points principaux les bénéfices que je tire de cette expérience.

  1. L'avantage le plus évident est bien entendu le gain de temps, que je peux investir autrement (entendez: mieux). Plutôt que de zapper paresseusement jusqu'à trouver un programme sinon passionnant, au moins plus regardable que le reste, je décide maintenant de ce qui me tient occupée. Je ne veux plus être à moitié intéressée: quand je m'investis dans une activité, je m'y plonge totalement et je la fais parce que je le désire réellement. Pour moi ça veut dire plus de temps à lire, à échanger avec mes proches, ou à jouer au piano. En somme, des activités plus satisfaisantes et plus enrichissantes.
  2. Prendre mes distances par rapport à internet et à la télévision m'a aussi libéré l'esprit. Toutes ces informations que je recevais (souvent en même temps, quand je parcourais les applications sur mon smartphone en regardant distraitement la télévision) m'encombraient la tête, et plutôt que de m'enrichir et d'emmagasiner des connaissances, j'étais juste noyée et mon esprit était embrouillé. Je constate maintenant que mes pensées sont plus claires, mieux dirigées et ne vont plus dans tous les sens. 
  3. Mon niveau de stress a réellement diminué. La nervosité liée, d'abord au bruit, ensuite à l'exposition à tant d'informations, m'a quittée. J'avais comme une frénésie "d'être au courant", une angoisse de "manquer quelque chose d'important". Cela me semble dérisoire à présent. Car finalement, toutes ces choses dont je m'abreuvais n'étaient pas si importantes que cela. Je me sens détachée de ce besoin compulsif de "savoir", et je le vis comme une libération. Je suis maintenant libre de donner mon attention à ce que je juge important pour moi.
  4. En conséquence de tout cela, je me sens aussi plus satisfaite de ce que j'ai. Un bon livre, sans distraction aucune, me suffit. J'ai en horreur les publicités, qui implantent en nous des désirs qui ne nous appartiennent pas. Et internet est encore plus vicieux que ça: en parcourant les réseaux sociaux, en contemplant des tas et des tas d'images (sur Pinterest, par exemple) qui nous font rêver, ou en se confrontant aux recommandations sans fin dur Amazon ou autres sites de vente, on finit par être frustré en permanence. On vit sur le mode de l'envie, au lieu de se contenter et de se satisfaire de ce que l'on a.
  5. L'utilisation que je fais encore d'internet et de la télévision a, par la même occasion, gagné en qualité. Je ne regarde la tv, par exemple, que quand il y a un film ou une série que j'ai vraiment envie de voir. Je ne reste plus devant l'écran si un programme ne me plait pas. Quant à internet, même si j'ai perdu mes habitudes (telles que vérifier Facebook dès le réveil, ou sortir mon smartphone devant la tv) et que j'y vais beaucoup moins souvent, je ne l'ai pas complètement déserté, et je trouve beaucoup de plaisir à y flâner de temps en temps (et surtout à tenir ce nouveau blog!).
En somme, je me suis naturellement défaite d'habitudes qui ne faisaient rien pour améliorer mon quotidien. Je pense que si j'ai décroché spontanément, sans le vouloir expressément, c'est que ces habitudes ne me convenaient pas et que j'étais prête pour un changement. Et je profite maintenant des bienfaits de ce changement, et je le recommande vivement! Avec moins d'écrans au quotidien on a plus de contrôle, plus de satisfaction, plus de sérénité et tout simplement plus de qualité dans sa vie.

lundi 1 février 2016

"A Calendar of Wisdom": la sagesse selon Tolstoï

Cet ouvrage se présente, comme son nom l'indique, sous forme d'un calendrier. Léon Tolstoï y a rassemblé les préceptes qui forment sa philosophie, glanés ici et là, sous formes de citations d'auteurs ou de ses propres réflexions. Chaque jour de l'année reçoit un thème qui est développé en quelques citations. Véritable recueil de sagesses, ce livre est le parfait compagnon pour ceux qui sont en perpétuelle recherche de vérité.

Les thèmes abordés, et qui sont chers à Tolstoï, sont relativement limités. Religion, savoir-vivre en société, recherche du bonheur, état de nos connaissances, sont quelques uns des sujets qui reviennent le plus souvent. Bien que certaines pensées (notamment en matière de religion) peuvent paraître désuètes, voire carrément bigotes, l'ensemble représente un merveilleux concentré d'apprentissages qui peuvent servir au lecteur et alimenter sa pensée.

La portée de ce recueil est telle qu'il reste tout à fait au goût du jour, près d'un siècle et demi après sa parution. Il nous met en garde, par exemple, contre le matérialisme ambiant, et avise de ne pas accorder trop d'importance à nos possessions: un conseil on ne peut plus actuel à l'époque de la tyrannie de la surconsommation.

Un autre conseil que je trouve très parlant encore aujourd'hui (d'autant plus, en fait, qu'à l'époque où Tolstoï écrivait) est la préconisation contre le désir d'engloutir le plus possible de connaissances, sans y faire de tri préalable. Pour Tolstoï, il est important de faire la différence entre les connaissances qui nous seront utiles, qui peuvent nous faire avancer, et celles qui ne font que nous encombrer et nous éloigner de notre quête de vérité. Je trouve cela particulièrement pertinent de nos jours, quand une avalanche d'informations nous déferle dessus quotidiennement.

La simplicité, le minimalisme, sont en fait les maître-mots de la philosophie qui se dégage de ce livre. Faire mieux avec moins. Se concentrer sur l'essentiel. Rendre les choses plus simples, pas seulement dans ce qui est matériel, mais aussi dans notre esprit. Dans un monde qui devient de plus en plus complexe, ce retour vers une certaine frugalité a quelque chose d'apaisant. En lisant ce livre, je me suis souvent rappelée qu'il était finalement possible de se simplifier la vie, de s'extirper de temps à autre de la toile noueuse et emberlificotée qu'est devenue notre réalité.

Ce livre donne envie de donner le meilleur de soi-même, de s'améliorer et de développer ses propres sagesses. Et de trouver le courage de les appliquer. Car, comme Tolstoï l'indique lui-même, suivre le parcours de ce que l'on considère comme sage est loin d'être aisé. Cela implique des efforts, et souvent d'aller à l'encontre du flot. Mais au final, sans préceptes et sans ligne de conduite, on ne fait que se perdre et se disperser. Le chemin que nous propose Tolstoï - il ne s'agit pas tant d'appliquer à la lettre ses idées à lui, mais plutôt de s'en inspirer -  mène à un idéal: celui d'être vrai par rapport à soi.

Résultat d'une vie entière de réflexions, A Calendar of Wisdom est un livre qui se lit et se relit. On y retourne, on y réfléchit, on y ajoute nos propres commentaires. Il aide et accompagne dans notre parcours philosophique personnel et il n'a jamais fini de partager son infinie sagesse.

mardi 19 janvier 2016

La vraie valeur de la beauté cachée


De nos jours, beaucoup d'importance est octroyée à la beauté physique, qui est presque automatiquement associée à la réussite. Mais la beauté est en vérité multiple, et peut se retrouver dans de nombreux autres aspects de la personnalité, et pas seulement ceux qui sont visibles. Mais qu'est-ce, exactement, que cette beauté cachée? On pense bien sûr aux qualités qui sont, selon notre conception, intérieures, invisibles. La grâce, le charme, l'intelligence, la curiosité, l'altruisme,... La beauté se révèle à travers toutes sortes de qualités qui, au premier abord, ne se voient pas. Et pourtant, bien souvent, ces qualités sont bien plus riches et ont bien plus de valeur que l'attrait physique.

Après tout, qu'y a-t-il de plus précieux que ce trésor que l'on a au fond de soi? Qu'est-ce qui fait une belle personne, si ce n'est son authenticité? Etre vrai envers soi-même, sans compromis et sans faux-semblants, c'est révéler aux autres la seule beauté qui vaille vraiment la peine. La vérité est la beauté. La fidélité à ses valeurs personnelles, l'honnêteté, la recherche d'amélioration plutôt que celle de plaire, la dignité,... Autant de caractéristiques qui parlent d'un grandissement intérieur, et qui peuvent fortement améliorer notre vie. Car être beau n'est qu'une illusion du bonheur.

Le point fondamental qui différencie la beauté extérieure de celle intérieure, c'est que la première place le jugement dans le regard d'autrui, alors que la seconde concerne l'individu face à lui-même. Il en va de répondre aux attentes des autres ou aux siennes. Autant nous avons tous tendance à vouloir plaire, à chercher l'approbation dans le jugement des autres, au final, c'est en nous écoutant nous-mêmes qu'on atteint le réel bonheur. Le parcours le plus intéressant est celui que nous menons pour trouver notre propre vérité et pour la suivre.

Ce cheminement intérieur est le lot inévitable de la condition humaine. On ne peut y échapper, et chacun cherche à sa manière sa vérité. Mais souvent nous en sommes déviés par des désirs qui ne nous sont pas propres. Les standards de la beauté physique, par exemple, nous sont imposés, nous les subissons et pourtant nous aspirons à y correspondre. Ils ne nous appartiennent pas. En revanche, chacun est libre de définir des critères de beauté (physique ou non) auxquels il souhaite accorder de l'importance. La générosité, par exemple, pourrait être un de ces critères. Celui qui valorise la générosité la reconnaîtra chez les autres, les admirera pour cela et s'efforcera d'appliquer cette qualité dans ses actions.

Les personnes les plus admirables ne sont-elles pas celles qui vont jusqu'au bout de leurs convictions? Cette intégrité on la retrouve dans le personnage d'Atticus Finch, dans le roman de Harper Lee To Kill a Mockingbird. Avocat se battant pour une cause qu'il estime juste mais qui est malheureusement perdue d'avance, il n'abandonne pas et s'accroche à ce en quoi il croit: une justice pour tous et l'égalité de tous les hommes. A ces deux enfants aussi, il tente d'enseigner ses valeurs. Il leur apprend que les gens ne sont pas toujours ce qu'ils semblent être, que parfois le vrai courage ce n'est pas d'en mettre plein la vue, mais un combat intérieur et un déterminisme face aux difficultés.

Un autre personnage de la littérature admirable pour sa rectitude envers ses principes personnels est Jane Eyre, du roman éponyme de Charlotte Brontë. Peu jolie, pauvre, Jane n'en éblouit pas moins Rochester par sa personnalité fougueuse et sa désarmante sincérité. Elle se sent libre et entend revendiquer sa liberté, même à une époque où les femmes n'y avait pas facilement droit. Elle se bat pour son indépendance, et refuse tout compromis à ses principes.

Inversement, on peut trouver des exemple de personnages qui sont beaux, mais dont la vie intérieure est tellement vide et insipide qu'ils en sont malheureux. Prenons Dorian Gray, par exemple. Oscar Wilde décrit un jeune homme d'une exceptionnelle beauté, mais aussi terriblement narcissique. Et quand il est amené à reconnaître et admirer son propre aspect physique, il en vient à formuler un vœu qui le mènera à sa perte. En restant intacte en apparence, c'est son âme qui se détériore.

La beauté intérieure est un peu comme un jardin secret, qui se cultive et s'entretient. Et plus on y travaille, plus on devient épanoui et heureux. Apprendre que toute beauté ne se voit pas forcément avec les yeux, c'est aussi pouvoir la reconnaître chez les autres. C'est mettre un terme aux préjugés, apprécier la Beauté avec un grand B, celle qui est abstraite mais tellement plus riche. C'est apprendre à se connaître soi-même et cheminer vers un développement intérieur plutôt que de se conformer à ce qui ne nous convient pas forcément.

Pour terminer, voici une citation sur laquelle méditer:
"The best part of beauty is that which no picture can express" (P.C. Cast)
"Le meilleur dans la beauté c'est ce qu'aucune photo ne peut exprimer"